La Servante de Dieu, Victoire Brielle, dite "La Petite Sainte de Méral"

Victoire Brielle (1815-1847) est très connue des habitants de Méral et des alentours, mais pas forcément beaucoup au-delà. À ce jour, un dossier a été déposé par le Diocèse de Laval à la Congrégation pour la Cause des Saints, mais l'étude de sa vie par les instances du Saint-Siège est toujours en cours. Vous trouverez ci-dessous quelques éléments concernant cette personne toute simple.

Chronologie

  • 30 juin 1812 : mariage en l’église de Méral de Jean Brielle (né le 27 décembre 1792 à Méral) et de Marie Jégu (née le 7 mai 1794 au Pont, à Saint-Poix)
  • 31 janvier 1815 : naissance vers midi au hameau du Cormier, à Saint-Poix, de Victoire Françoise Brielle. Elle est baptisée le jour même en l’église de Saint-Poix
  • 1824-1829 : interne à l’école primaire de Beaulieu-sur-Oudon, tenue par les Sœurs de la Charité de Notre-Dame d’Évron
  • 5 septembre 1833 : entrée au couvent des Bénédictine du Saint-Sacrement de Craon (elle devra en partir au bout de 10 mois)
  • 24 octobre 1835 : entrée au postulat des Sœurs de la Charité de Notre-Dame d’Évron (elle n’y restera qu’un mois)
  • 29 avril 1847 : décès à la ferme de la Grihaine, à Méral
  • 1er mai 1847 : funérailles et enterrement à Méral
  • 3 février 1855 : décès de Marie Jégu
  • 30 juin 1855 : création du Diocèse de Laval
  • 20 août 1866 : découverte du corps intact de Victoire Brielle dans le cimetière de Méral
  • 8 novembre 1875 : décès de Jean Brielle
  • 24 janvier 1881 : création d’une commission d’enquête par Mgr Jules-Denis Le Hardy du Marais, évêque de Laval
  • 1998 : dépôt des trois volumes du Procès canonique diocésain (736 pages) auprès de la Congrégation pour la Cause des Saints

 


Deux émissions à écouter sur Radio Fidélité Mayenne :

 La découverte de 1866

Le 20 août 1866, M. Feuchaud, fossoyeur de Méral, fait son travail, comme avant lui son père : il creuse une fosse dans le cimetière quand, à un mètre de profondeur, il tape contre un cercueil dont le bois semble tout neuf : son pique en brise un morceau et, aussitôt, il voit une main à la couleur blanche, comme la chair d’un vivant… c’est le point de départ de notre histoire ! Ou plutôt, c’est le déclencheur de la redécouverte de celle dont le corps, près de 19 ans après son inhumation, ne porte aucune trace de décomposition. Pas de pierre tombale, pas de signes, pas de marques sur le linge : on ne peut pas affirmer, sur le moment, qui est cette belle jeune femme blonde dont la mort n’a pas abîmé le corps. Certains vont cependant parler de « Mademoiselle Brielle », dont la dévotion avait marqué les gens, et qui était morte une vingtaine d’années auparavant. Rapidement, on va refermer la tombe, et suivra une autre exhumation, le 3 octobre 1866, cette fois-ci en présence de Jean Brielle, le père de Victoire (qui a 74 ans et est veuf depuis 11 ans) et de son frère Isidore, son filleul : ils vont formellement reconnaître le corps de Victoire que, déjà, les gens appelaient « La Sainte de Méral » (L’ensevelisseuse avait déclaré, au moment de la mort de Victoire : « Mademoiselle Brielle est une sainte, j’ai trouvé une chaîne de fer autour de ses reins », faisant référence au cilice, instrument de mortification, que portait Victoire.). 


Rapidement, des personnes vont venir en pèlerinage sur la tombe, car Victoire a la réputation de faire des miracles. En 1882, il vient entre 800 et 900 personnes chaque semaine ! Cette même année, la première pierre d’une chapelle dédiée à Saint-Joseph est bénie par l’évêque, Mgr Jules le Hardy du Marais, pour que la sépulture de Victoire y soit transférée. Consacrée en 1884, la chapelle n’accueillera les restes mortels de Victoire qu’en 1892. Depuis lors, les visites sur la tombe de Victoire n’ont jamais cessé, et ce sont plus d’une centaine de guérisons qui ont été recensées. En 1998, le Chanoine Constant Tonnelier a déposé à Rome, auprès de la Congrégation pour la Cause des Saints, 3 gros volumes, totalisant 736 pages. Lui-même originaire de Méral, était séminariste et avait assisté à la messe solennelle célébrée le 4 mai 1947 en l’église de Méral à l’occasion du Centenaire de la naissance de Victoire. Ce jour-là, le bourg de Méral est envahi par 8000 personnes !

 

Contexte historique & familial
La vie de Victoire Brielle se déroule dans un contexte historique particulier : la période de la « Restauration ». Elle naît le 31 janvier 1815, et le 20 mars suivant, Napoléon Ier reprend le pouvoir après son exil à l’île d’Elbe. Ce sera la période dite des « Cent jours », qui se terminera suite à la défaite de Waterloo (18 juin 1815), et l’accession au trône de Louis XVIII, auquel succédera en 1824 Charles X, puis Louis-Philippe Ier en 1830. L’année suivant son décès verra l’avènement de la Deuxième République (20 décembre 1848), avec comme président Louis-Napoléon Bonaparte, qui deviendra en 1852 Napoléon III, Empereur des Français.


Victoire naît dans une famille relativement aisée, au Cormier, un hameau de Saint-Poix. Quelques années après, la famille s’installera à La Grihaine, une ferme de la commune de Méral, mais géographiquement plus proche du bourg de Saint-Poix. Elle est baptisée à l’église de Saint-Poix le jour même de sa naissance.
Son père, d’abord métayer, deviendra ensuite propriétaire de la Grihaine. Jean Brielle et Marie Jégu auront 8 enfants. Veuf à 62 ans (Marie Jégu meure en 1855, âgée de 60 ans), Jean Brielle vivra la difficile épreuve de voir tous ses enfants décéder avant lui : en effet, quand il décède en 1875, ses 8 enfants l’ont déjà tous précédés dans la vie éternelle. Des frères et sœurs de Victoire, au moins 4 se marieront et auront une descendance, dont certains membres habitent encore aujourd’hui Méral et les alentours.

Enfance de Victoire
De l’âge de 9 ans à l’âge de 14 ans (de 1824 à 1829) Victoire sera interne à l’école primaire de Beaulieu-sur-Oudon, tenue par les Sœurs de la Charité de ND d’Évron. Pourquoi cette école ? Parce qu’à l’époque il n’y a pas d’école primaire, ni à Saint-Poix, ni à Méral. Qu’une enfant fasse autant d’étude est quelque chose de rare à l’époque, et sans doute que l’éducation reçue des Sœurs d’Évron contribuera à poser en Victoire les fondations de sa relation à Dieu. Outre la lecture, l’écriture, le calcul, la couture, la morale, elle y apprendra le catéchisme et l’évangile, lu au prône de la messe du dimanche. Une de ses camarades de classe témoignera plus tard : « Voilà plus de cinquante ans que je voyais Victoire. Je me souviens toujours de son aire grave, posé, et pourtant très aimable. Elle jouait peu. Il était évident qu’elle recherchait le silence pour prier. Nous sentions bien qu’elle était pénétrée de la présence de Dieu, et nous avions pour elle une sorte de vénération. Comme elle avait une excellente mémoire et qu’elle était très attentive, elle retenait toutes les instructions qu’elle entendait, et elle pouvait les répéter mot pour mot. Cependant, dans la crainte de les oublier, elle les écrivait : elle eut ainsi un bon recueil d’instructions et sermons. » (Cf. « La vie de la Servante de Dieu Victoire Brielle » de Constant Tonnelier, p. 36).


Après ces années d’étude, elle revient à la ferme où elle travaille aux côtés de ses parents : prendre soin de ses frères et sœurs, du linge, de la cuisine, aider aux travaux des champs, porter à manger et à boire aux ouvriers agricoles… Elle se fait aussi remarquer par sa sollicitude envers les pauvres, mendiants et vagabonds de passage.


Elle avait dans sa petite bibliothèque quelques livres : une « Vie de Saint Benoît », une « Instruction de la jeunesse » et encore un livre « Explications sur l’Évangile ». Elle avait aussi d’autres livres de piétés, mais qui n’ont pas été conservés, car imprimés en vieux français (après sa mort, sa famille ne les a pas gardés). Après sa sortie de l’internat, elle puisait sa spiritualité à ses sources de son temps. Depuis sa 1re communion, elle vivait aussi de l’eucharistie.

Essais de vie consacrée
À l’âge de 18 ans, en 1833, elle fera un premier essai de vie religieuse contemplative : elle demande à entrer chez les Sœurs Bénédictine de Craon, pour devenir sœur de chœur : cela suppose de savoir le latin et de savoir chanter. Dix mois plus tard, sa mauvaise vue et sa santé fragile rend impossible son engagement dans cette vie consacrée à laquelle elle aspirait : le médecin de la communauté l'invite à rentrer chez elle.

 

Deux ans plus tard, en 1835, elle demande à entrer chez les Sœurs de Notre-Dame de la Charité d’Évron, dont elle avait pu bénéficier de l’éducation à l’école de Beaulieu-sur-Oudon. Il s’agit d’un deuxième essai de vie consacrée, cette fois-ci dans une congrégation de vie apostolique. Nouvel échec : elle quittera le postulat au bout d’un mois seulement. Il semble bien que là encore, sa santé soit en cause.

 

En revenant à la ferme, elle dira à son père : « Père, pardonnez-moi le chagrin que je vous fais, sans pouvoir parvenir à rien. » … Ce à quoi son père lui répondra : « Reste donc avec nous. Tu feras comme tu voudras. »

Une consécration dans le monde
C’est donc dans la vie ordinaire de la ferme que Victoire va vivre sa consécration. La Grihaine se trouve à 1 km au sud de l’église de Saint-Poix, sur la route qui va de Saint-Poix à Laubrières, mais les caprices des découpages administratifs font qu’elle fait partie de la commune de Méral, dont l’église se trouve à près de 6 km. Chaque jour, Victoire ira à la messe du matin à Saint-Poix, avant de rentrer à la Grihaine pour travailler.


Le dimanche, elle a demandé à ses parents l’autorisation de ne pas travailler, et elle consacre toute cette journée au Seigneur : elle va à Méral, sa paroisse « officielle ». Arrivée à l’ouverture de l’église, à 5h du matin (après avoir fait, à jeun, les 6 km à pied, à travers champs, depuis la maison) elle reçoit le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation avant d’assister à la messe de 6h et d’y communier. Après la 1re messe, elle prie longuement (fait-elle oraison, comme elle a pu l'apprendre avec les différentes religieuses qu'elle a côtoyées ?), fait le Chemin de croix, avant d’assister à la grand-messe de 10h puis, dans l’après-midi, aux vêpres et à la Bénédiction du Saint-Sacrement, avant de rentrer à la ferme, tout cela sans vraiment prendre le temps de manger. En effet, en dehors des offices et des prières, elle occupe son dimanche en visitant les personnes âgées, les malades, les pauvres, et les enfants. À l’église de Méral, la famille Brielle n’a pas de banc réservé (à l'époque, on payait son banc), puisqu’elle fréquente plutôt l’église de Saint-Poix. Victoire se place habituellement dans le dernier banc au fond, le banc des pauvres.


Tout sa vie sera marquée par le recueillement, le dévouement, l’accomplissement de son devoir, la simplicité de vie, la mortification, aussi.


Le jeudi 29 avril 1847, on était dans la 3e semaine de Pâques. Selon son habitude, Victoire était allée à la messe matinale à Saint-Poix et y avait communié. Puis la vie avait repris son cours : l’après-midi, son père s’en alla à la Grangerie, une ferme voisine, et sa mère à la fontaine, pour rincer la lessive. Victoire lui avait proposé de l’accompagner, mais sa mère lui avait dit de rester à la maison. Victoire s’assit donc à son rouet pour filer. Les témoins disaient d'elle qu'on ne la voyait jamais oisive à ne rien faire. Quand tout le monde rentra à la maison pour le dîner, on trouva Victoire morte à son rouet… À l’âge de 32 ans, le temps était venu pour elle de rejoindre Celui qu’elle avait aimé toute sa vie. La semaine précédente, elle avait eu cette parole étonnante, adressée à un ouvrier agricole à qui elle apportait à boire : « Je vous apporte à boire aujourd’hui. Dans huit jours, je ne vous en apporterai plus, je serai morte. »

Des paroles de Victoire

Victoire elle-même n'a rien écrit, ou en tout cas aucun écrit d'elle ne nous est parvenu. Dans les enquêtes successives, des paroles d'elle ont cependant été conservées :

  • « Puisque Dieu ne m’a pas jugée digne de la vie religieuse, je dois faire mon salut dans la vie commune. »
  • « Père, pardonnez-moi le chagrin que je vous fais sans pouvoir parvenir à rien. » (à son père)
  • « Je n’ai pas besoin de dormir, je me fatiguerai au lit. Je t’en prie, laisse-moi prier. » (à sa sœur qui dormait dans la même chambre qu’elle)
  • « Le jeûne, cela ne me gêne pas et je dois faire pénitence. »
  • « Il faut bien souffrir un peu. »
  • « Je vous apporte à boire aujourd’hui. Dans huit jours, je ne vous en apporterai plus, je serai morte. »